Visite de la manufacture Greubel et Forsey: création de chefs d’oeuvre en Haute Horlogerie


Tant de marques et de jolies montres sont largement diffusées sur tous les médias à longueur de journées. Aujourd’hui, le quidam connaît quelques mots correspondant aux grands principes mécaniques de l’horlogerie, ainsi que les plus grands noms en termes de notoriété du moment – Rolex, Richard Mille, Breguet, Patek Philippe –  que ce soit pour leur réputation de pièces de luxe ou même des différentes notions de complications. En effet, les termes de « tourbillons », « phases de lune », « chronographes », « fonctionnements automatiques » ou « GMT » font désormais partie du discours de toute personne qui s’intéresse un tant soit peu aux montres.

Avec ce site, nous essayons de vous apporter informations et points de vue différents. Même, nous parvenons d’après les critiques à vulgariser bons nombres de termes qui peuvent sembler incongrus ou trop spécifiques.

Ceci étant, il y a aussi la nécessité de temps à autres – ou plutôt au moins une fois dans sa vie si on en a la possibilité – de visiter une manufacture, une vraie… Car le terme de « manufacture » est employé dans de nombreux articles à tord et à travers. Ce terme évoque pourtant son origine latine, une référence au travail fait « à la main » d’où l’absence de production industrielle en série et qui renvoie de facto à la notion de qualité horlogère de luxe. Mais quels sont ceux qui ont eu la chance de visiter une vraie manufacture, dans le Saint des Saints, à la Chaux-de-Fonds ?

De nombreuses usines de fabrication – la plupart avec un mode de fabrication industriel – existent. La chance est donnée aujourd’hui à LMM de se retrouver face à l’opportunité de visiter probablement un des refuges de la Haute Horlogerie les plus exceptionnels qui soit dans ce domaine. Au centre, au sein de la Suisse, caché dans un coin pourtant réputé  pour son savoir-faire et son histoire mais que si peu de gens visitent: Le Locle, le Brassus, et surtout… La Chaux-de-Fonds.

Nyon, vendredi 3 février, 08h30 du matin,  -9° Celsius

C’est le grand jour. Je viens de payer ma note à l’hôtel, le rendez-vous est fixé deux heures plus tard à La Chaux-de-Fonds chez Greubel et Forsey. Je suis un peu inquiet d’être en retard du fait d’un problème mécanique ou d’autres désagréments liés au froid. Je sors de l’hôtel, le chauffeur m’attend dans sa voiture, sort en m’apercevant et grimace spontanément lorsque le vent glacial le frappe en plein visage. Je m’avance à grand pas, bloquant ma respiration par réflexe. Je rentre vite dans la voiture et claque la porte. Feu.

La Suisse est superbe, toute blanche et calme, on glisse littéralement sur la route dans un vent froid qui calme les ardeurs de tous les automobilistes. Plus on avance et plus on découvre un paysage montagneux. On sent inexorablement la voiture légèrement s’incliner sur la route pour monter à près de 1000 mètres. Une heure trente plus tard, les sapins sont couverts de neige, on se prend à rêver, émerveillé par la beauté de la lumière sur la neige vierge et les premiers panneaux annonciateurs: Locle, Chaux-de-Fonds…. On a peine à y croire… ça existe vraiment. Ces noms ne sont pas que des inscriptions au bas de prospectus ou d’articles de journaux.

Le GPS annonce soudainement « 600 mètres de votre destination », on émerge un peu plus du siège passager pour chercher un repère, une image connue. En un instant le déclic se fait: le building de Greubel et Forsey « de travers et couché » est immanquable, même de très loin. La messe est dite, c’est vraiment un immeuble somptueux, original et pas seulement en photo. C’est imposant, lumineux avec le soleil qui traverse intelligemment cet édifice de travail. On a du mal à croire que quelques minutes plus tard on va sonner à une porte sur le côté pour y pénétrer.

Approche des bureaux de Greubel Forsey avec le chalet mitoyen

Avant d’arriver, je suggère au chauffeur de nous faire découvrir rapidement les alentours de la manufacture et de faire une courte halte quand, avec surprise, derrière le building de Greubel & Forsey, un autre building – classique cette fois ci – se montre avec en gros écrit dessus ‘Patek Philippe’. Et en tournant un peu plus la tête on découvre un autre building, plus petit, « Jacquet Droz ».. Impressionnant, mais comment se fait-il que je ne sois pas venu avant ici ?

Face à la manufacture, une vue apaisante et superbe

Je reste pensif et regarde vers le ciel. En levant les yeux je lis le panneau à coté duquel la voiture est garée: « Allée du Tourbillon ». Je me frotte les yeux. Non, c’est bien réel. Moi le dingue de montres je me trouve là, figé par le froid et stupéfait, frappé par un vent glacé et une thermomètre à -15° .. autant dire que la température « ressentie » (c’est la mode cette expression en ce moment) est plutôt d’un bon -20°. Courageusement  – j’insiste – je sors mon appareil photo, sans mes gants – pour vous, je prends une photo du panneau et plonge ensuite littéralement dans la voiture, conscient plus que jamais d’être arrivé dans un endroit à part, inhospitalier, hors du temps et très exceptionnel. Je me pose des questions, pourquoi ici ? On a l’impression que les entreprises se cachent.

Difficile de se tromper en arrivant chez Greubel & Forsey

50 mètres plus loin, on se gare, j’hésite quelques instants, je ressors finalement de la voiture et monte un petit chemin enneigé vers un chalet mitoyen du building couché sur le coté. Orienté volontairement vers le nord on observe sur la gauche l’immeuble penché, traversé de part en part avec efficacité pour une luminosité optimale. A contrario, à l’approche de l’intérieur du chalet celui-ci parait sombre et n’émet aucune lumière. J’avance avec appréhension vers la grande porte vitrée: aucune inscription, je tire la porte et je rentre. Un sas et l’inscription en fines lettres de « Greubel et Forsey ».  Enfin !

Bouton, clic clac, la porte de verre s’ouvre pour découvrir un intérieur de chalet de bois, à l’ancienne mais ultra moderne en même temps. Immédiatement deux bureaux d’assistantes sur la gauche, sourire sympathique aux lèvres. Je donne mon nom et indique que l’on m’attend pour une visite de la manufacture. Un sourire me confirme que je suis attendu. Je tourne la tête vers la droite: un atelier vitré d’une trentaine de mètres carrés est caché au fond du chalet, avec comme inscription sur sa porte vitrée sécurisée « pièces uniques ». J’ai beau gesticuler et faire du bruit, l’horloger reste immobile et garde son œilleton fixé et œuvre sans discontinuer. Le ton est donné: ici on est concentré et on travaille.

J’attends quelques instants, le temps de m’asseoir et de feuilleter les derniers magazines d’art moderne et de montre de luxe ou de « Haute Horlogerie », les résultats des derniers concours de l’horlogerie. Apparaît rapidement la responsable des relations publiques, café italien à la main, atmosphère détendue et conviviale. Après un rapide exposé de la journée qui m’attend, on monte au premier étage dans une salle de réunion, deux grands carrés de cuir recouverts de draps de satin cachent 10 modèles rares de Greubel Forsey (30° technique, Quadruple tourbillons secret, Tourbillon 24 secondes Contemporain etc).. allez, au bas mot 4 à 5 millions d’Euros en valeur sur quelques pièces et dizaines de centimètres carrés. Au-delà de cet aspect financier, on ne réalise pas ces choses lorsque les montres sont dévoilées. En fait, on reste figé. La beauté vous surprend et vous transcende car tel est l’effet de ces œuvres d’art exceptionnelles. Si on aime les montres ou les belles choses en général, elles vous touchent immédiatement en plein cœur.

30 minutes d’hypnotisme et d’essayage, de discours de ma part somme toute légèrement hypocrite du style « celle-ci me va mieux que celle là »… n’importe laquelle me convenait parfaitement bien entendu et on se tait si on n’est pas complètement stupide.

On se lève, deux assistantes arrivent pour récupérer les merveilles, soulevant les plateaux tels deux couffins pressés avec vénération contre elles, grand sourire aux lèvres. Je me lève aussi, on part pour la visite des ateliers.

La visite des ateliers

Chaque atelier fait partie d’une chaine de production où chaque pièce est unique, où chaque pièce, aussi minime soit elle, fait partie d’un chemin critique où tout accroc est capable de stopper la production du moindre modèle.

Deux énormes ateliers prennent enfin la place prépondérante au sein du siège de Greubel et Forsey. Les ateliers de décolletage.

L’atelier de décolletage

Le décolletage consiste à créer, fabriquer des vis ou des boulons de très petites tailles, en petite ou moyenne série. Dans l’horlogerie on y adjoint aussi la création d’autres pièces. La partie difficile du travail de décolletage réside dans la production de pièces sans résidus ou « copeaux ».

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